Expostions

Mai, Juin et Juillet

 

William Brayley

du 15 mai au 31 juillet

RIOPELLE v. POLLOCK
Jean Paul Riopelle et Jackson Pollock. Figures emblématiques de l’art moderne. Respectivement chefs de
file des automatistes et des expressionnistes abstraits, deux des courants les plus importants de l’histoire
de la peinture, qui ont profondément transformé la pratique artistique. Des parois des grottes
préhistoriques à la Grèce antique, en passant par les écoles de la Renaissance italienne, puis pendant un
siècle à Paris avant de s’installer finalement à Montréal et à New York, avec ces deux artistes et leurs
compatriotes, la grande tradition s’est pour la première fois ancrée en Amérique du Nord.
Nous sommes dans les années 1950, et un désir de rupture avec les idées anciennes et les pratiques
traditionnelles anime tous les domaines culturels. Les peintres ont joué un rôle majeur dans la
construction de ce nouveau monde, comme toujours, en produisant des œuvres matérielles qui visaient
à incarner les philosophies d’une ère postmoderne. Alors que le moule de la peinture canonique évoluait
lentement au fil des générations avec des groupes comme les impressionnistes, les cubistes et les
surréalistes, ce sont peut-être les automatistes et les expressionnistes abstraits qui l’ont définitivement
bouleversé.
Leurs toiles monumentales et leurs techniques non conventionnelles rompaient complètement avec les
conventions des écoles de peinture traditionnelles. Superposant textures et couleurs, leurs tableaux
étaient non figuratifs et dépourvus de sens apparent. Ils visaient plutôt à puiser dans les profondeurs de
l’inconscient pour exprimer des émotions brutes, tout en révélant la nature même de la matière.
Pourtant, Riopelle et Pollock ont adopté des approches très différentes. Riopelle, utilisant presque
exclusivement des couteaux à palette pour créer ses célèbres abstractions aux allures de mosaïques,
adoptait une posture plus traditionnelle devant la toile, tandis que Pollock, debout au-dessus de ses
supports, versait et projetait la peinture pour obtenir un sentiment de désordre harmonieux dans ses
célèbres dripping.
Les œuvres de ces artistes étaient peut-être aussi l’écho de l’évolution finale de ce médium. Les années
1960 ont vu le monde de l’art exploser et entrer dans une ère de culture populaire alimentée par la
reproduction de masse et les arts numériques. Aujourd’hui, une nouvelle école de peinture s’exprime à
travers l’œuvre des graffeurs, dont les travaux évoquent à bien des égards une époque qui a relégué la
peinture traditionnelle au rang d’objet décoratif. Pourtant, le graffiti n’a pas remis en question les
principes fondamentaux de la peinture. Avec Jean-Paul Riopelle et Jackson Pollock, la peinture a été
reconnue pour la première fois comme une œuvre à part entière, pour la richesse de ses couleurs, de ses
textures et de ses formes, pour sa nature imprévisible, dynamique et fluide.
Quelle autre évolution pouvait-elle espérer ?
Ces deux œuvres, « Carte de Titre #1 » et « Lutte Manie », tentent d’imiter les techniques picturales de
Riopelle et Pollock des années 1950 : l’une est réalisée au couteau à palette, l’autre par la technique du
dripping et du coulage. Ensemble, elles se demandent si cette génération de peintres avait
véritablement atteint l’apogée de l’évolution du médium avec leurs compositions monumentales. Elles
demandent de réfléchir à ce que les artistes eux-mêmes pourraient dire à ce sujet.

Affiche officielle de l'expostion PhotoVoix